C’est un véritable pavé dans la mare, quelque mois après l’enquête de l’émission Cash Investigation sur les pratiques managériales de Free. L’équipe d’Elise Lucet s’était déjà inquiétée en octobre dernier du recours récurrent aux licenciements pour faute grave, ainsi qu’au nombre inquiétant de suppressions d’emplois dans le centre d’appels Mobipel de Colombes, en région parisienne. C’est encore cette filiale de Free qui est au centre des révélations de ce lundi 5 février.

Le Parisien révèle le contenu d’un rapport confidentiel d’un cabinet d’experts-comptables, commandé par le comité d’entreprise de Mobipel, deux semaines avant la diffusion de Cash Investigation. Le document souligne d’abord l’incroyable chute des effectifs dans ce centre d’appels,l’un des cinq que compte Free en France. Entre juin 2014 et septembre 2017, l’entreprise est passée de 711 à 287 salariés, soit une baisse de 60% ! Une situation d’autant plus incompréhensible que Free a accru son nombre d’abonnés comme son chiffre d’affaires (+7,3% sur le premier semestre 2017).

“Des licenciements disciplinaires massifs, des ruptures conventionnelles et des transferts intragroupe qui ne sont pas indépendants de la volonté de l’employeur” : c’est ainsi que les experts-comptables expliquent la baisse des effectifs. Sur les 315 licenciements opérés en trois ans, 266 l’ont été pour faute grave ! Ce qui fait dire aux experts-comptables que Mobipel “chercherait par toutes les solutions individuelles possibles à contourner son obligation” de mettre en oeuvre un plan social, qui coûterait très cher à l’entreprise.

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Ce dispositif doit normalement être déclenché au-dessus de dix licenciements sur un mois. “Or, depuis 2014, il y a plus de dix licenciements par trente jours glissants”, assure au Parisien Anousone Um, délégué syndical SUD-Télécom. Sauf que le licenciement pour faute grave permet à l’employeur de ne payer ni préavis, ni indemnité de licenciement… “Si vous calculez 266 licenciements pour faute grave que multiplient deux mois de salaire à 1.800 euros, cela représente quasiment 1 million d’euros économisés rien qu’en préavis”, calcule pour le quotidien Me Abdel Kachit, avocat de quatre ex-salariés de Mobipel. “Vous ajoutez l’indemnité et vous obtenez une économie extraordinaire”.

D’après le rapport des experts-comptables, “84 contentieux (sont) engagés par les salariés pour un montant total de 1,9 million d’euros et une moyenne de 22.523 euros par demande”. Parmi les cas déjà jugés, tous sauf un se seraient conclu par une victoire du salarié. La direction d’Illiad, maison-mère de Free, n’a pas répondu aux sollicitations du Parisien. Quant à l’inspection du travail de Nanterre, elle confirme être saisie du dossier, mais ne communique pas sur le sujet pour le moment.